j0z²
31/05/2009, 19h14
Je n'ai pas la prétention d'avoir la plume d'un Sartre, mais comme j'utilise très peu le MATS, il me reste beaucoup de temps libre derrière mon deuxième ordi.
D'habitude, je l'utilise pour parcourir les forums, à la recherche d'infos sur mon jeu préféré, mais hier j'avais envie de rédiger un petit morceau de tranche de vie à bord d'un cargo spatial !
Bon, ça ne sert à rien, c'est sûr, mais j'aime ça moi, le rôle-play :hem:
J'espère que vous ne serez pas pétrifiés d'ennui à la deuxième ligne :oops:
-----------------------------------------------------------------------
Mission à risque.
Le capitaine Liom Claasen semblait regarder fixement un point sur le moniteur principal de la passerelle. Il avait l'air préoccupé et personne, parmi les membres d'équipage, ne se serait risqué à rompre le silence qui, depuis quelques mizuras, s'était abattu sur le poste de pilotage de l'appareil.
L'espace était calme, mais chacun connaissait ce secteur de la galaxie, et tous savaient que le danger pouvait surgir à tout moment. Les nombreux astéroïdes renforçaient ce sentiment et, dans l'insondable noirceur du vide interstellaire, le gravidar seul renseignait le petit groupe Argon de façon satisfaisante.
Le capitaine donna quelques ordres rapides, chacun s'affaira tout aussi rapidement et les données du gravidar s'affichèrent en surimpression sur l'immense surface de matériau composite derrière laquelle le néant s'étalait à l'infini. La prochaine porte de saut n'était plus qu'à quelques kilomètres àprésent, et la pression semblait vouloir retomber légèrement.
Cela faisait maintenant plusieurs jours que le vaisseau avait quitté la station commerciale en orbite dans le système de Montalaar et, bien qu'un vaisseau de transport de fret de ce gabarit dispose de suffisamment d'espace, le confort était finalement assez sommaire et la fatigue, la lassitude commençaient à opérer leur lent travail de sape. Certes, le jeu en valait la chandelle : une soute bien remplie de kif de l'espace se monnaierait à bon compte et la prime de risque reversée aux uns et aux autres, en fonction de leur grade respectif, promettait de superbes beuveries au fond d'un bouge de la base pirate de Nuages d'Atreus pour certains, ou quelques wozuras en vacances sur l'une des planètes du système Trois Mondes, pour les plus fortunés. Liom aurait pu en faire partie. La plus grande part des bénéfices de cette transaction finirait sur son compte-universel mais il avait d'autres projets. Et puis, à vrai dire, les plaisirs qu'offraient ces mondes dédiés à l'accueil de riches touristes ne l'attiraient guère. Une fois déjà, par le passé, un de ses amis l'avait traîné, après avoir longuement insisté, dans un tel endroit et Liom avait brusquement mis un terme au séjour. Tout cela l'ennuyait profondément et il ne se sentait vraiment bien que lorsque le doux ronronnement des propulseurs, le bruissement des interfaces de gestion de la passerelle, les repas-trajet délivrés par le distributeur automatique, l'accompagnaient à travers la scintillante galaxie. Il savait bien que son équipage ne partageait que modérément son amour des longues traversées, cependant la rotation des équipes lui assurait un personnel toujours au meilleur de sa forme.
Mais aujourd'hui, après tout ces parsecs parcourus, Liom devinait que chacun était fourbu, et que la prochaine halte serait accueillie avec soulagement par l'ensemble de ses équipiers. Lui, comme à son habitude, donnera l'ordre de décharger la cargaison, profitera des installations de la station pour se détendre une petite soirée - pendant que les ingénieurs vérifient tous les systèmes du vaisseau - et aussitôt les documents administratifs remplis et la nouvelle cargaison en soute, il désarrimera son navire et repartira dans l'immensité.
Soudain, un témoin s'alluma sur son pupitre de commandes.
Il n'avait pas besoin de réfléchir, il savait que c'était le pilote du M5 qu'il avait envoyé en reconnaissance, de l'autre côté du portail de saut, qui faisait son rapport sur la situation dans le secteur voisin. Par ici, Liom avait renoncé à déployer son réseau de satellites car, bien qu'il ne soit pas particulièrement pingre, les dépenses inutiles le rendaient grognon et ces satellites avaient bien du mal à survivre plus de quelques jours (voire même quelques heures parfois) dans ce coin de la galaxie. Aussi, pour ne pas risquer la vie de son équipage, avait-il pris quelques dispositions à l'approche du portail. Il avait dépêché l'un de ses meilleurs pilotes à bord d'un appareil rapide et il allait enfin savoir si la chance l'accompagnait.
De l'autre côté du portail de saut, à des millions de kilomètres du cargo de Liom Claasen, une interface d'activation de contrôle de tir venait d'être mise en marche.
Le capitaine, après un léger pincement au coeur, ouvrit la communication. La voix du pilote retentit alors dans les haut-parleurs de la passerelle. En temps normal, la voix et l'image du pilote auraient été parfaitement clairs. Mais quelque chose n'allait pas.
Liom compris immédiatement que les communication étaient brouillées et cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : son pilote subissait une attaque !
« ...shrrr...sshh..evons rebrou..shhr...préz...shh..stile...shrr. »
Le dernier son qu'entendirent les occupants du transporteur, fut celui de l'alarme de bouclier du malheureux éclaireur. L'instant d'après, seul le signal de bruit blanc troublait la silencieuse stupeur dans laquelle cette annonce les avait tous plongé. Devant eux, le portail grossissait à vue d'œil maintenant et la procédure d'approche automatisée, que le second de Claasen avait lancé juste avant ces évènements, presque machinalement, suivait son cours inexorablement.
Liom fut le premier à réagir. Il savait que le temps lui était compté et que dans quelques instants, le portail le propulserait à l'endroit de la bataille. Il ne se faisait guère d'illusion sur la réaction des assaillants. Les tactiques d'approche étaient bien connues des capitaines de vaisseaux et Liom se doutait bien que, de l'autre côté, ceux qui étaient responsables de cette attaque étaient déjà à la recherche du bâtiment que visait la communication du défunt pilote.
D'un geste rapide, il bascula les commandes des propulseurs sur son propre pupitre et de l'autre main, désactiva l'ordinateur qui calculait la trajectoire d'approche. Le portail n'était maintenant plus qu'à quelques centaines de mètres et le lourd cargo, lent et peu maniable, aurait bien du mal à changer de cap à temps. Le virage fut si brusque que le système générant une gravité artificielle dans le navire peinât à calculer un état stable. Ceci entraîna une forte secousse et les occupants de la passerelle manquèrent de tomber de leur fauteuil. Claasen, étant aux commandes, s'attendait à la réaction du calculateur et il aurait fallu l'observer attentivement pour déceler un quelconque mouvement. En réalité, il s'était solidement campé sur ses jambes et contre le dossier de son large fauteuil.
La coque de l'appareil émit un craquement inquiétant, sembla vouloir céder sous la contrainte que les propulseurs lui imposaient. Sur la passerelle, chacun s'affairait à mettre tous les systèmes en symbiose afin que la manœuvre soit un succès. L'un mettait en route les rétro-propulseurs pendant qu'un autre s'occupait de pousser à pleine puissance les générateurs, un autre encore préparait les boucliers, au cas où tout ceci se terminerait dans l'imposante structure d'alliage du portail.
Liom, les yeux rivés sur ses moniteurs, sentait le goût amer de la défaite monter en lui. Il avait réussi à réorienter son cargo de façon à fuir le danger, mais la formidable masse du vaisseau rendait inégale la bataille que livraient les puissants propulseurs contre l'énergie cinétique accumulée.
Toute la puissance était maintenant acheminée vers les moteurs et le navire n'était plus qu'à quelques mètres du seuil d'activation du portail. Si ce dernier détectait la masse du navire, leur sort serait scellé et ils devraient faire face à un ennemi sans doute lourdement armé. Dans la salle des machines, les moteurs hurlaient à pleine puissance. Mais l'inertie acquise dans la manœuvre poussait le vaisseau vers la limite qu'il fuyait désespérément.
Aux commandes, Liom se préparait mentalement à la suite des évènements. Il savait qu'il n'aurait pas le temps d'activer le moteur de saut avant que le portail ne s'active. Il fallait sur le champ cesser de dilapider l'énergie du navire dans les propulseurs, puis tout ré-acheminer vers les boucliers et le moteur de saut. En espérant que de l'autre côté, leurs assaillants ne seraient pas trop nombreux. Au moment où le portail les projeta dans l'abîme quantique, tout ce petit monde retint son souffle.
La sensation caractéristique du retour dans l'univers, de l'autre côté du portail, ne fut quasiment remarquée par aucun membre d'équipage. Une seule donnée semblait pouvoir capter leur attention. Devant eux, sur l'énorme surface blindée qui les protégeait encore du vide spatial, les formes familières des bâtiments Xenon se découpaient dans l'obscurité glaciale de l'espace. Le gravidar, bien que superflu, continuait à afficher les données de coordonnées et de vitesse de chaque vaisseau dans un magnifique ballet de symboles multicolores, auquel personne ne semblait vouloir prêter attention. A proximité du portail, la carcasse disloquée du petit vaisseau de reconnaissance dérivait lentement vers l'infini. Ce que Liom redoutait le plus devait visiblement se produire aujourd'hui, il fallait absolument trouver une solution. Et vite !
Les boucliers consommaient maintenant toute l'énergie en provenance des générateurs. Liom avait bien donné des consignes à son équipage, et la nuée de drones de combat lâchée en pâture aux mastodontes Xenon avait permis d'absorber la première salve. Mais les drones ne pouvaient pas grand chose face à cet ennemi, si ce n'est le distraire un bref instant, et Claasen se demandait combien de temps il pourrait ainsi tenir face à l'armada qui pointait vers eux, à cet instant, un essaim de redoutables canons.
Les Xenon agissaient toujours avec une logique implacable. Leur nature même leur imposait une réaction froidement calculée, évaluée et il n'était pas envisageable d'entamer des négociations.
Liom avait donné l'ordre d'activer le moteur de saut et ce dernier avait entamé sa procédure de mise en phase. Les ingénieurs n'avaient jamais réussi à totalement réduire cette séquence dans le déclenchement du moteur quantique, et bien des bâtiments avaient été perdus pour quelques secondes passées à attendre que le moteur créé le petit puits quantique qui permettrait au vaisseau, et à ses occupants, de se volatiliser et de réapparaître dans un secteur plus tranquille. Liom se demandait si ce scénario se produirait devant ces yeux – mais cette fois, ce n'était pas le témoignage d'un vieux briscard au fond d'un bar, aujourd'hui il s'agissait de son vaisseau.
D'habitude, je l'utilise pour parcourir les forums, à la recherche d'infos sur mon jeu préféré, mais hier j'avais envie de rédiger un petit morceau de tranche de vie à bord d'un cargo spatial !
Bon, ça ne sert à rien, c'est sûr, mais j'aime ça moi, le rôle-play :hem:
J'espère que vous ne serez pas pétrifiés d'ennui à la deuxième ligne :oops:
-----------------------------------------------------------------------
Mission à risque.
Le capitaine Liom Claasen semblait regarder fixement un point sur le moniteur principal de la passerelle. Il avait l'air préoccupé et personne, parmi les membres d'équipage, ne se serait risqué à rompre le silence qui, depuis quelques mizuras, s'était abattu sur le poste de pilotage de l'appareil.
L'espace était calme, mais chacun connaissait ce secteur de la galaxie, et tous savaient que le danger pouvait surgir à tout moment. Les nombreux astéroïdes renforçaient ce sentiment et, dans l'insondable noirceur du vide interstellaire, le gravidar seul renseignait le petit groupe Argon de façon satisfaisante.
Le capitaine donna quelques ordres rapides, chacun s'affaira tout aussi rapidement et les données du gravidar s'affichèrent en surimpression sur l'immense surface de matériau composite derrière laquelle le néant s'étalait à l'infini. La prochaine porte de saut n'était plus qu'à quelques kilomètres àprésent, et la pression semblait vouloir retomber légèrement.
Cela faisait maintenant plusieurs jours que le vaisseau avait quitté la station commerciale en orbite dans le système de Montalaar et, bien qu'un vaisseau de transport de fret de ce gabarit dispose de suffisamment d'espace, le confort était finalement assez sommaire et la fatigue, la lassitude commençaient à opérer leur lent travail de sape. Certes, le jeu en valait la chandelle : une soute bien remplie de kif de l'espace se monnaierait à bon compte et la prime de risque reversée aux uns et aux autres, en fonction de leur grade respectif, promettait de superbes beuveries au fond d'un bouge de la base pirate de Nuages d'Atreus pour certains, ou quelques wozuras en vacances sur l'une des planètes du système Trois Mondes, pour les plus fortunés. Liom aurait pu en faire partie. La plus grande part des bénéfices de cette transaction finirait sur son compte-universel mais il avait d'autres projets. Et puis, à vrai dire, les plaisirs qu'offraient ces mondes dédiés à l'accueil de riches touristes ne l'attiraient guère. Une fois déjà, par le passé, un de ses amis l'avait traîné, après avoir longuement insisté, dans un tel endroit et Liom avait brusquement mis un terme au séjour. Tout cela l'ennuyait profondément et il ne se sentait vraiment bien que lorsque le doux ronronnement des propulseurs, le bruissement des interfaces de gestion de la passerelle, les repas-trajet délivrés par le distributeur automatique, l'accompagnaient à travers la scintillante galaxie. Il savait bien que son équipage ne partageait que modérément son amour des longues traversées, cependant la rotation des équipes lui assurait un personnel toujours au meilleur de sa forme.
Mais aujourd'hui, après tout ces parsecs parcourus, Liom devinait que chacun était fourbu, et que la prochaine halte serait accueillie avec soulagement par l'ensemble de ses équipiers. Lui, comme à son habitude, donnera l'ordre de décharger la cargaison, profitera des installations de la station pour se détendre une petite soirée - pendant que les ingénieurs vérifient tous les systèmes du vaisseau - et aussitôt les documents administratifs remplis et la nouvelle cargaison en soute, il désarrimera son navire et repartira dans l'immensité.
Soudain, un témoin s'alluma sur son pupitre de commandes.
Il n'avait pas besoin de réfléchir, il savait que c'était le pilote du M5 qu'il avait envoyé en reconnaissance, de l'autre côté du portail de saut, qui faisait son rapport sur la situation dans le secteur voisin. Par ici, Liom avait renoncé à déployer son réseau de satellites car, bien qu'il ne soit pas particulièrement pingre, les dépenses inutiles le rendaient grognon et ces satellites avaient bien du mal à survivre plus de quelques jours (voire même quelques heures parfois) dans ce coin de la galaxie. Aussi, pour ne pas risquer la vie de son équipage, avait-il pris quelques dispositions à l'approche du portail. Il avait dépêché l'un de ses meilleurs pilotes à bord d'un appareil rapide et il allait enfin savoir si la chance l'accompagnait.
De l'autre côté du portail de saut, à des millions de kilomètres du cargo de Liom Claasen, une interface d'activation de contrôle de tir venait d'être mise en marche.
Le capitaine, après un léger pincement au coeur, ouvrit la communication. La voix du pilote retentit alors dans les haut-parleurs de la passerelle. En temps normal, la voix et l'image du pilote auraient été parfaitement clairs. Mais quelque chose n'allait pas.
Liom compris immédiatement que les communication étaient brouillées et cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : son pilote subissait une attaque !
« ...shrrr...sshh..evons rebrou..shhr...préz...shh..stile...shrr. »
Le dernier son qu'entendirent les occupants du transporteur, fut celui de l'alarme de bouclier du malheureux éclaireur. L'instant d'après, seul le signal de bruit blanc troublait la silencieuse stupeur dans laquelle cette annonce les avait tous plongé. Devant eux, le portail grossissait à vue d'œil maintenant et la procédure d'approche automatisée, que le second de Claasen avait lancé juste avant ces évènements, presque machinalement, suivait son cours inexorablement.
Liom fut le premier à réagir. Il savait que le temps lui était compté et que dans quelques instants, le portail le propulserait à l'endroit de la bataille. Il ne se faisait guère d'illusion sur la réaction des assaillants. Les tactiques d'approche étaient bien connues des capitaines de vaisseaux et Liom se doutait bien que, de l'autre côté, ceux qui étaient responsables de cette attaque étaient déjà à la recherche du bâtiment que visait la communication du défunt pilote.
D'un geste rapide, il bascula les commandes des propulseurs sur son propre pupitre et de l'autre main, désactiva l'ordinateur qui calculait la trajectoire d'approche. Le portail n'était maintenant plus qu'à quelques centaines de mètres et le lourd cargo, lent et peu maniable, aurait bien du mal à changer de cap à temps. Le virage fut si brusque que le système générant une gravité artificielle dans le navire peinât à calculer un état stable. Ceci entraîna une forte secousse et les occupants de la passerelle manquèrent de tomber de leur fauteuil. Claasen, étant aux commandes, s'attendait à la réaction du calculateur et il aurait fallu l'observer attentivement pour déceler un quelconque mouvement. En réalité, il s'était solidement campé sur ses jambes et contre le dossier de son large fauteuil.
La coque de l'appareil émit un craquement inquiétant, sembla vouloir céder sous la contrainte que les propulseurs lui imposaient. Sur la passerelle, chacun s'affairait à mettre tous les systèmes en symbiose afin que la manœuvre soit un succès. L'un mettait en route les rétro-propulseurs pendant qu'un autre s'occupait de pousser à pleine puissance les générateurs, un autre encore préparait les boucliers, au cas où tout ceci se terminerait dans l'imposante structure d'alliage du portail.
Liom, les yeux rivés sur ses moniteurs, sentait le goût amer de la défaite monter en lui. Il avait réussi à réorienter son cargo de façon à fuir le danger, mais la formidable masse du vaisseau rendait inégale la bataille que livraient les puissants propulseurs contre l'énergie cinétique accumulée.
Toute la puissance était maintenant acheminée vers les moteurs et le navire n'était plus qu'à quelques mètres du seuil d'activation du portail. Si ce dernier détectait la masse du navire, leur sort serait scellé et ils devraient faire face à un ennemi sans doute lourdement armé. Dans la salle des machines, les moteurs hurlaient à pleine puissance. Mais l'inertie acquise dans la manœuvre poussait le vaisseau vers la limite qu'il fuyait désespérément.
Aux commandes, Liom se préparait mentalement à la suite des évènements. Il savait qu'il n'aurait pas le temps d'activer le moteur de saut avant que le portail ne s'active. Il fallait sur le champ cesser de dilapider l'énergie du navire dans les propulseurs, puis tout ré-acheminer vers les boucliers et le moteur de saut. En espérant que de l'autre côté, leurs assaillants ne seraient pas trop nombreux. Au moment où le portail les projeta dans l'abîme quantique, tout ce petit monde retint son souffle.
La sensation caractéristique du retour dans l'univers, de l'autre côté du portail, ne fut quasiment remarquée par aucun membre d'équipage. Une seule donnée semblait pouvoir capter leur attention. Devant eux, sur l'énorme surface blindée qui les protégeait encore du vide spatial, les formes familières des bâtiments Xenon se découpaient dans l'obscurité glaciale de l'espace. Le gravidar, bien que superflu, continuait à afficher les données de coordonnées et de vitesse de chaque vaisseau dans un magnifique ballet de symboles multicolores, auquel personne ne semblait vouloir prêter attention. A proximité du portail, la carcasse disloquée du petit vaisseau de reconnaissance dérivait lentement vers l'infini. Ce que Liom redoutait le plus devait visiblement se produire aujourd'hui, il fallait absolument trouver une solution. Et vite !
Les boucliers consommaient maintenant toute l'énergie en provenance des générateurs. Liom avait bien donné des consignes à son équipage, et la nuée de drones de combat lâchée en pâture aux mastodontes Xenon avait permis d'absorber la première salve. Mais les drones ne pouvaient pas grand chose face à cet ennemi, si ce n'est le distraire un bref instant, et Claasen se demandait combien de temps il pourrait ainsi tenir face à l'armada qui pointait vers eux, à cet instant, un essaim de redoutables canons.
Les Xenon agissaient toujours avec une logique implacable. Leur nature même leur imposait une réaction froidement calculée, évaluée et il n'était pas envisageable d'entamer des négociations.
Liom avait donné l'ordre d'activer le moteur de saut et ce dernier avait entamé sa procédure de mise en phase. Les ingénieurs n'avaient jamais réussi à totalement réduire cette séquence dans le déclenchement du moteur quantique, et bien des bâtiments avaient été perdus pour quelques secondes passées à attendre que le moteur créé le petit puits quantique qui permettrait au vaisseau, et à ses occupants, de se volatiliser et de réapparaître dans un secteur plus tranquille. Liom se demandait si ce scénario se produirait devant ces yeux – mais cette fois, ce n'était pas le témoignage d'un vieux briscard au fond d'un bar, aujourd'hui il s'agissait de son vaisseau.